Singe capucin

Utilisation des plantes médicinales par les animaux

L’herboristerie est la médecine ancestrale des humains. Mais saviez-vous que les animaux utilisent aussi les plantes pour se soigner? On appelle ce comportement de la zoopharmacognosie. Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs se penchent plus sérieusement sur ce phénomène principalement chez les primates, mais aussi chez d’autres espèces (dauphins, éléphants, cervidés, etc.) et plus récemment chez les insectes.

Animaux et plantes

Les animaux ont cette faculté de savoir utiliser les plantes médicinales pour se soigner. Pensez simplement aux chiens qui mangent du chiendent (Elymus repens) pour soulager leurs problèmes digestifs et autres (nausées, maladies inflammatoires intestinales ou métaboliques, parasites) ou pour combler des carences alimentaires. Cependant, les chiens ne sont pas les seuls à consommer des plantes. 

D’autres espèces les utilisent aussi de façon thérapeutique en externe ou en interne : les chamois des Alpes se roulent dans le plantain (Plantago spp.) lorsqu’ils ont des plaies; en Finlande, les rennes quant à eux se frottent sur le lichen. Les ours et les cerfs soignent leurs plaies en se frottant sur les sapins et on peut continuer encore!

Bruneton (2009) rapporte que les singes capucins et les ours bruns utilisent des plantes mâchées et étalées sur leur fourrure. Ces plantes sont généralement répulsives, antimicrobiennes ou insecticides.

Il mentionne également que certains oiseaux comme la mésange bleue intègrent des plantes aromatiques  telles l’hélichryse (Helichrysum spp.) ou la lavande papillon (Lavandula stoechas) pour la construction de leur nid

L’hypothèse probable est que cette pratique permet de protéger les futurs oisillons des parasites hématophages.

L’automédication chez les primates

Plusieurs études concernant ce phénomène ont été menées chez les primates. Sabrina Krief est une vétérinaire française qui se spécialise dans l’étude des chimpanzés.

Choix de feuilles rugueuses

L’élément déclencheur de son champ de recherche a été la lecture de résultats de recherche mentionnant que plusieurs primates (chimpanzés, gorilles, bonobos) consommaient à leur réveil des feuilles rugueuses et hispides (hérissées de poils durs) de différentes espèces comme vermifuge pendant la saison des pluies.

Les chercheurs ont remarqué que les primates ne mâchaient pas les feuilles, mais les roulaient dans leur bouche et les avalaient entières. 

Les excréments émis à la suite de l’ingestion de ces feuilles, présentaient les feuilles non digérées et une quantité notable de vers nodulaires toujours vivants piégés par les poils ou par les feuilles enroulées. 

Ces feuilles ont donc une action mécanique sur les parasites et les primates le savent!

Choix d'autres substances

Krief observe également qu’ils mangent de l’argile. Elle, ainsi que d’autres scientifiques, émettent l’hypothèse que ce serait  pour ses propriétés détoxifiantes, alcalinisantes, minéralisantes ou antidiarrhéiques.

Les chimpanzés consomment les tiges d’acanthe (Acanthus pubescens) lorsqu’ils souffrent d’infections diverses; l’écorce d’Albizia pour se vermifuger; et plusieurs dizaines d’autres plantes pour soigner diverses pathologies comme le paludisme et autres infections. Huffman (2001), mentionne que 22% des écorces consommées par les primates se retrouvait aussi dans la pharmacopée humaine pour traiter troubles gastro-intestinaux et parasitoses.

Comment les animaux ont-ils découvert les vertus médicinales des plantes?

Les plantes que les animaux utilisent pour se soigner ne font pas partie de leur régime habituel. Mais alors comment font-ils pour reconnaître ce qui est thérapeutique de ce qui est toxique?

Selon Huffman (2001) les animaux apprendraient par essai erreur et par observation (apprentissage social). Les membres d’un groupe s’observent et si un individu n’est pas incommodé ou ne meurt pas (!) après avoir consommé une nouvelle plante, il est imité par les autres membres.

L’apprentissage se fait également par transmission de connaissances mère-enfant. 

Dès son plus jeune âge le jeune animal observe sa mère: quelle plante choisit-elle; pour quelle situation; comment la consomme-t-elle; quelle partie utilise-t-elle; quelle quantité ingère-t-elle.

Les animaux utilisent aussi la reconnaissance organoleptique comme toute bonne herboriste le fait! 

Ainsi lorsqu’ils souffrent de problèmes de diarrhées ou de parasites, ils vont choisir des plantes au goût amer même si cela est habituellement signe que la plante présente des composants possiblement toxiques. Ils font appel à leur mémoire associative.

Puis lorsque la santé leur revient, ils ne mangent plus ces plantes.

La reconnaissance organoleptique est l'utilisation des sens (goût, odeur, texture) pour analyser les qualités d'une substance.

Les animaux comme origine de savoirs thérapeutiques : les légendes

Plusieurs peuples ont des légendes présentant des animaux comme porteurs d’un savoir herboriste. En voici une.

Le serpent et la Chine

Dans le Yunnan, il y a de cela très longtemps, un paysan de retour de son champ se retrouve en face d’un serpent venimeux. Ayant peur, il lui assène des coups avec son bâton de marche, le blessant et le laissant pour mort. Le lendemain quelle surprise pour lui… le même serpent se retrouve à nouveau sur son chemin. 

Il le frappe avec son bâton encore plus fort que la dernière fois, pour être certain qu’il soit bien mort. Le lendemain le serpent est encore bien vivant. Le paysan est bien perplexe… et à chaque fois qu’il le rencontre il frappe toujours plus fort que les jours précédents. 

Ce reptile était-il indestructible? 

Après quelques jours de rencontres et de coups, le paysan intrigué décide de rester après avoir frappé le serpent pour observer ce qui se produit. Il le voit alors se diriger vers une plante et en manger pour retrouver toute sa vitalité. 

Quelle surprise pour le paysan!  Cette plante serait-elle bénéfique pour l’humain?

C’est ainsi que fût découvert le Panax notoginseng ou San Qi, une plante reconnue en médecine traditionnelle chinoise pour différentes propriétés dont les propriétés hémostatiques et vulnéraires.

Crédit: Wikimédia

Elle est utilisée entre autres  pour soigner les ecchymoses, les hémorragies, les plaies et contusions.

Et les insectes?

Eh oui! Même les insectes utilisent les plantes médicinales. 

Par exemple les abeilles butinent la résine de certains arbres comme le saule, le peuplier baumier et autres pour la transformer en une substance (propolis) qui assainit la ruche puisqu’elle est antimicrobienne et antifongique. 

Thierry Lefevre (2013), chercheur français, a découvert que les drosophiles consommaient de l’alcool pour se débarrasser de parasites et que des chenilles consomment en plus grande quantité certaines plantes riches en alcaloïdes lorsqu’elles sont infectées par les larves des guêpes parasitoïdes.

Il a même démontré que les papillons monarques pouvaient protéger leur progéniture s’ils étaient infectés par un parasite mortel, en pondant leurs œufs sur une plante qui était fatale à l’intrus.

Conclusion

La nature est d’une richesse et d’une complexité inouïes. Des ethnologues et des vétérinaires se penchent de plus en plus sérieusement sur la zoopharmacognosie. D’autres chercheurs étudient ce comportement afin de découvrir de nouvelles molécules naturelles et d’appliquer leur pouvoir thérapeutique chez l’humain. 

Ainsi grâce aux animaux, nous approfondissons nos connaissances des plantes médicinales. 

Références

BRUNETON, J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. Lavoisier. 4e éd. 2009. 1292p.

COUTURE, A. La zoopharmacognosie; Voie alternative vers la découverte de nouveaux principes actifs. Thèse présentée pour le diplôme d’état de pharmacie. Université d’Angers. 2016. Pdf consulté le 19 janvier 2024. 

GOVERNEMENT OF BRITISH COLUMBIA. « The Grizzly Bear ». Pdf consulté le 19 janvier 2024.

HUFFMAN, M.A. « Self-Medicative Behavior in the African Great Apes: An Evolutionary Perspective into the Origins of Human Traditional Medicine ». Bioscience, 51 (8), 2001, Pp. 651-661

JOST, J.P., JOST-TSE, Y.C. L’automédication chez les animaux dans la nature: et ce que nous pourrions encore apprendre d’eux. Connaissances et Savoir. 2015. 226p.

LEFÈVRE, T., Jacobus C. DE ROOD, et al., Self-Medication in Animals. Science 340, 150-151 (2013).

REID, D.P. La médecine chinoise par les herbes. Olizane. 1993. 174p.

SOBOCINSKI, A. Ces animaux qui se soignent tout seuls. CNRS Le journal. Article consulté le 19 janvier 2024.

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1 réflexion sur “Utilisation des plantes médicinales par les animaux”

  1. Merci. J’ai bien aimer l’article. En plus mon chien mange du chiendent pendant l’été. Il se soigne peut-être?

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Marie-Claudine

Je suis une passionnée de l'humain et de l'herboristerie. J'aime partager mes connaissances et accompagner les gens dans leur quête de mieux‑être. Mon parcours diversifié m’a menée des sciences infirmières à l'éducation puis à l’herboristerie et au coaching. J'ai une écoute attentive et une grande sensibilité qui me permettent d'établir un lien de confiance avec les autres. Ma mission est d'inspirer les gens à cultiver la bienveillance envers eux-mêmes et redécouvrir l'émerveillement pour la nature.
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